Santé

Pourquoi lire au lit a t-il été subversif ?

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Au 18 siècle, en France comme dans de nombreux pays européens, l’activité consistant à lire au lit était considérée comme dangereuse physiquement mais aussi subversive, car portant potentiellement atteinte à la morale et à la cohésion de la vie sociale.

Jusqu’à la fin du 17ème siècle, la lecture se pratiquait à voix haute et en collectivité. Ne pouvaient lire dans leur lit que ceux qui pouvaient en acheter un exemplaire (de livre) et de surcroit qui avaient une chambre pour eux tout seuls. Et cela était extrêmement rare.

Mais avec l’invention de l’imprimerie la lecture va devenir plus solitaire. D’autant que les chambres commencent à n’être utilisées que par une personne. Ce qui donne la possibilité de lire seul, allongé sur son lit. Or ce comportement suscite l’inquiétude. Sans le regard d’autrui, sans sa surveillance, de quelle transgression les lecteurs solitaires vont-ils pouvoir être coupables ?

L’historien Thomas Laqueur explique comment les livres, tout comme la masturbation, sont alors considérés comme des «compagnons d’oreiller» alternatifs. Ils furent donc condamnés l’un comme l’autre. La liberté donnée à l’individu, ainsi affranchie de l’autorité du groupe, est jugée menaçante pour l’ordre moral et la vie en collectivité.
La peur est alors que la lecture en solitaire et le fait d’être seul dans sa chambre n’aient pour conséquence dw pousser certains à adopter un mode de vie marginal et dangereux pour le groupe. Les femmes subissent en particulier cette critique. La lecture et la solitude nocturne pourraient les conduire, pense-t-on, à délaisser leurs obligations.

On peut rapprocher cela de la critique contemporaine faite à l’égard des téléphones. On entend souvent, un peu comme au 18ème siècle, qu’ils isolent les personnes, et parfois qu’ils les désocialisent; avec comme idée qu’il y a un danger à adopter des comportements de consultations trop fréquentes des smartphones. S’agit-il d’une erreur de jugement similaire à celle commise par nos ainées il y a plus de 2 siècles ? Difficile à dire. En tous cas  pour des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie, l’usage du Web via les téléphones, ne nuit pas à la socialisation. Selon eux “l’étendue de l’isolement social n’a guère changé par rapport à 1985”, époque où Internet et le téléphone portable n’existaient pas dans le grand public. “Seulement 6 % de la population adulte américaine n’ont personne à qui parler et 12 % n’ont pas de confident”, soit à peu près la même proportion qu’il y a 25 ans.

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